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DSI : Passer des applications aux plateformes


Prospective : Comment vont évoluer les "RA", les responsables d'applications" à la DSI, quand les applications vont disparaître devant les plateformes ?

La notion de plateforme applicative est aujourd'hui bien établie,
en tout cas bien documentée ;-)

Les GAFAs ont montré comment les passer à l'échelle et en faire le cœur de leurs services numériques, qui sous-tend leurs business modèles basés sur les données qu'elles collectent et manipulent.

L'entreprise s'est approprié cette conquête de l'Internet avec le digital, qu'il prenne la forme de l'e-commerce, des services en ligne ou des extranets clients. Ce digital se développe souvent piloté par les métiers eux-mêmes, en dehors de la DSI, et génère du chiffre d'affaires.

D'une certaine façon on peut également considérer que les ERP, quand ils ont été utilisés de façon globale au sein de l'entreprise et qu'ils ont été mis à jour régulièrement, sont des plateformes qui partagent une base de données unique entre les multiples modules qui outillent les processus de l'entreprise. Par rapport à la plateforme digitale précédente, ils en constituent le système transactionnel, ou plus simplement le back-office qui enregistre et gère les ressources de l'entreprise.

La question que se pose GreenSI dans ce billet, c'est y a-t-il encore un avenir aux applications d'entreprises, qui ne seraient pas connectés à l'un de ces deux mondes en train de se structurer en plateformes, Digital business et ERP back-office ? Corollaire : comment vont évoluer les "RA", les responsables d'applications" à la DSI et qui seront les responsables de ces plateformes ?

Une tendance dans les entreprises signalée par plusieurs analystes comme Gartner, est l'augmentation en montant des budgets informatiques qui passent sous contrôle du business.

Cette tendance est cohérente avec l'augmentation du périmètre de la plateforme digitale des entreprises et le foisonnement des offres en SaaS pour l'outiller, voire l'explosion du "shadow-IT" ou l'arrivée du "low-code". La question autour des applications bascule donc sur l'usage et comment en tirer plus de valeur, notamment via les données, versus le contrôle de la technologie sélectionnée et sa mise en œuvre pour en réduire les coûts.

Ainsi les rôles techniques à la DSI, centrés sur la sélection des applications et leur mise en œuvre, doivent évoluer vers des rôles qui connaissent mieux le métier et les bénéfices métiers des usages. C'est un peu comme transformer des acheteurs en commerciaux pour simplifier, et vous prendre conscience de la conduite des changements importante qu'il va falloir mettre en œuvre ;-)

Côté métier, ce que l'on a appelé en France "MOA" pendant des années, est en train de s'organiser en Product Owners avec le déploiement des méthodologies agiles utilisées pour le développement des nouveaux services (et non leur achat sur étagère) et l'innovation en continue.

Certaines DSI pourraient être tentées d'appeler Product Owner les anciens Responsables d'Applications et reprendre ce rôle dans leurs équipes. Mais pour GreenSI ce serait une confusion des rôles, peu pérenne à moyen terme, car le Product Owner est porteur du business et de la satisfaction client liés à l'usage de ces applications. Ce n'est généralement pas le cas avec un Responsable d'Application au sein d'une DSI vue comme un centre de coûts. Cependant l'évolution des Responsables d'Applications vers une meilleure connaissance des métiers, et le développement de leurs compétences pour cela, semble un scénario nécessaire pour opérer dans le monde des plateformes.

Mais ce scenario n'est pas suffisant. Les modèles d'exploitation informatiques doivent aussi supporter un rythme du changement, voire d'innovation, élevé, car l'intérêt d'un Product Owner est de pouvoir adapter en permanence les services numériques aux conditions du business. Et ces adaptations doivent pouvoir être absorbées par les équipes applicatives de la DSI au même rythme. Pour savoir si l'écart est grand ou pas, regardez les SLA de la DSI et comparez les aux engagements de l'entreprise vis-à-vis de ses clients pour les applications à impact commercial. 

Mais la DSI pourrait aussi ne pas être organisée en centre de coûts, du moins pour la partie qui aurait de la valeur au-delà de l'entreprise.

Ce scénario plus radical serait donc de basculer une partie de la DSI dans une organisation commerciale qui commercialiserait ses applications ou ses services applicatifs quand ils sont en SaaS, à l'entreprise bien sûr mais aussi largement en externe. Après tout c'est aussi un moyen de vérifier que ces applications sont compétitives sur le marché, non ?

"Open for Business"pour parler de la DSI, c'était d'ailleurs le crédo que GreenSI utilisait pour aborder sa transformation dès 2014. Cette semaine, le retour dans le CAC40 de Dassault Systèmes avec une valorisation de 35 milliards d'euros, montre que ce modèle peut aussi fonctionner à grande échelle et que les applications d'une entreprises peuvent devenir indispensables pour toute une industrie. Ce ne serait pas une plateforme avant l'heure?

Dassault Systèmes a commencé comme bureau d'étude de Dassault Aviation dans les années 70 pour répondre, avec de la puissance de calcul et de la CAO, aux développement des produits de l'avionneur. Leur application CATIA s'est progressivement imposée en interne puis dix ans plus tard est devenu une filiale indépendante, aujourd'hui 3DS.

Au départ, Dassault Systèmes s'est appuyée sur IBM pour la commercialisation de ses logiciels au niveau mondial, puis a racheté à IBM cette structure commerciale. Aujourd'hui avec ses 230.000 entreprises abonnés à ses services, et bien sûr toujours Dassault Aviation, elle se retrouve au cœur de l'industrie 4.0 et la virtualisation des objets industriels (voir le billet sur les "jumeaux numériques"), au coude à coude avec deux autres américains. Dans un marché informatique mondial dominé par les États-Unis, 3DS c'est l'exception française dans le Digital, comme SAP est l'exception allemande dans les ERP.

Alors pourquoi ne pas s'en inspirer et aligner radicalement les enjeux de la DSI avec ceux du business, et de basculer une partie de la DSI dans une structure commerciale qui construirait la futur plateforme sectorielle leader dans votre industrie ?

L'autre question est celle de l'avenir des applications qui seraient encore indépendantes de ces plateformes.

GreenSI pense que vous êtes déjà convaincu qu'une application n'a plus comme support un CD-ROM qui permet de l'installer sur un serveur en local, mais un Docker disponible sur tous les Cloud publics ou privés. La technicité et les composants applicatifs ont beaucoup changé avec le Cloud, comme la livraison est continue, mais aussi avec le recours de plus en plus grand à l'open source.

Mais pour converger les applications vers des plateformes internes et redynamiser un ERP parfois a bout de souffle, l'organisation de ces applications, traditionnellement en silos par domaine, sera probablement fédérée de façon plus transversale dans l'entreprise. L'ERP peut leur servir de socle qu'elles enrichissent fonctionnellement, d'où l'importance de la stratégie d'ouverture de l'ERP et des plateformes API. Cela va se traduire sur les équipes, par des compétences SI plus transverses et moins cloisonnées par domaine fonctionnel, ou du moins des équipes multidisciplinaires qui travaillent ensemble dès la stratégie SI. La road map applicative est tirée par la construction de cette plateforme et de son avantage compétitif est moins par les obsolescences à gérer comme c'est souvent le cas.

La vision de GreenSI est donc que le système d'information applicatif va s'organiser progressivement autour de ces deux pôles, qui sont deux plateformes stratégiques, l'une interne, l'autre externe pour entrer en relation numérique avec les clients, fournisseurs et partenaires.

Cette évolution va demander aux DSI, qui ne l'ont pas déjà fait, de basculer plus dans la co-création avec les métiers et les méthodes agiles ont montré leurs atouts pour cela, mais surtout d'aligner les objectifs de résultats du système d'information avec les résultats commerciaux de l'entreprise. C'est peut-être pour cela qu'on commence à voir apparaître des Chief Digital Officer qui ont aussi la DSI dans leur périmètre, ou l'inverse d'ailleurs.

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Frédéric Charles

A propos de Frédéric Charles

Passionné de technologies, Frédéric Charles est Directeur Stratégie & Innovation chez SUEZ Smart Solutions. Il partage son analyse personnelle de la transformation numérique des entreprises et de la ville intelligente de demain.

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